Publié dans Mes lectures, Récit dystopique

Au-delà des frontières – Andreï Makine

Andreï Makine – Editions Grasset et Fasquelle – 2019

Mon ressenti : 7/10

Quatrième de couverture

Quelles blessures ont inspiré au  jeune Vivien de Lynden, nouvel enfant  du siècle obsédé par la décadence  de l’Occident, son apocalyptique manuscrit Le Grand  Déplacement ?
Pour faire publier ce brûlot, la mère du jeune auteur s’adresse à  un écrivain, ami de Gabriel Osmonde. Ce dernier, que Vivien s’était  choisi pour maître à penser, porte sur le monde un regard plus profondément  désenchanté que le jeune néo-hussard brûlé au feu de  son idéalisme.
Et voilà que cette femme, revenue de toutes les utopies humanitaires  les plus valorisantes, guettée par un vide existentiel dont le  suicide lui semble l’unique issue, comprend qu’il faut sortir du jeu,  quitter la scène où tout le monde joue faux, tiraillé par la peur de  manquer et la panique de la mort.
Une autre voie est possible. Une autre vie aussi. Chacun n’a-t-il  pas droit à sa « troisième naissance », au-delà des frontières que l’on  assigne à l’humaine condition ?

Mon avis

Une dystopie un peu dérangeante

C’est la première fois que je lis Andréï Makine. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Ce que je peux vous dire, c’est que ce livre est déroutant.
Nous suivons les aventures d’un écrivain (on ne sait pas son nom), qui reçoit de la part d’une maman, un manuscrit écrit par son fils. Et quel manuscrit! Il est juste impubliable. Mais comment dire cela à une maman? Surtout quand on apprend que le jeune Vivien est mort…

Gaia, la maman de Vivien, à du mal à faire le deuil de son fils. Notre protagoniste va tout faire pour l’aider à aller mieux…

Ce livre (en fait le manuscrit de Vivien), parle d’un monde futur dans lequel la défense des hommes « blancs » est l’essentiel. Le manuscrit s’appelle Le Grand déplacement et en gros, il nous parle d’un exil exigé par le Gouvernement de toutes les personnes non blanche. C’est pour cela que je vous dit que ce livre est dérangeant et, l’auteur ose parler de sujet tabou. Il arrive à faire tourner ça non pas comme du racisme mais comme une lutte contre ce monde en phase terminale. Les idées du jeune Vivien sont juste hallucinantes.

L’auteur traite aussi du deuil. Comment une mère peut-elle faire le deuil de son fils? C’est le pire scénario que des parents peuvent vivre. Comment surmonter cette épreuve sans devenir folle? Gaia trouvera la réponse grâce à notre écrivain anonyme…

Si vous aimez Andreï Makine, ou si vous l’avez lu, n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé et si ce livre ressemble à ces autres écrits.

L’auteur

Andreï Makine, de l’Académie française, auteur d’une oeuvre considérable maintes fois couronnée (prix Goncourt, prix Goncourt des lycéens, prix Médicis pour Le Testament français en 1995, grand prix RTL-Lire pour La musique d’une vie en 2001, prix Prince Pierre de Monaco pour l’ensemble de son oeuvre en 2005, prix Casanova pour Une femme aimée en 2013, prix mondial Cino Del-Duca pour l’ensemble de son oeuvre en2014), a aussi écrit sous le pseudonyme mystérieux de Gabriel Osmonde.
Les deux parties de son oeuvre se réunissent ici pour la première fois, « au-delà des frontières » patronymiques, puisqu’Osmonde devient un personnage d’un roman de Makine, dans une vertigineuse mise en abyme à la confluence des deux grandes arches romanesques de l’auteur dédoublé…

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Publié dans Mes lectures, Récit dystopique

La servante écarlate – Margaret Atwood

Margaret Atwood – Editions Robert Laffon – 1987
Lu sous les Editions Robert Laffont – Collection Pavillons Poche

Note : 8,5/10

Quatrième de couverture

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, a qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler … En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Mon avis

Ce livre a été écrit il y a plus de 30 ans et pourtant il est d’une actualité frappante dans ce monde où l’on se bat encore pour l’égalité des femmes et à la période du #balancetonporc.

Imaginez que du jour au lendemain les femmes n’aient plus droit à rien. On leur supprime leur travail, leur compte en banque, leur liberté… Elles deviennent dépendantes de leur mari ou d’un membre de leur famille proche, à condition que ce soit un homme!

C’est ce qui est arrivé à Defred. Privée de son mari et de sa fille, elle devient une Servante au service d’un Commandant et de son Épouse. Le but des Servantes? Enfanter pour l’Épouse. Elles deviennent des utérus, ni plus ni moins.

Comment accepter cette situation? Je ne le comprend pas moi-même mais c’est ça ou les Colonies (qui me fait penser aux camps de concentration). Pour tenir le coup, Defred s’évade dans le passé.


Luke et moi nous promenions ensemble, parfois, le long de ces rues. Nous parlions d’acheter une maison semblable à l’une de celles-ci, une grande vieille maison, que l’on aménagerait. Nous aurions un jardin, des balançoires pour les enfants. Nous aurions des enfants. Tout en sachant qu’il était peu probable que nous en ayons un jour les moyens, c’était un sujet de conversation, notre jeu du dimanche. Pareille liberté paraît aujourd’hui presque aérienne.


Defred, comme toutes les Servantes, vit modestement. Elles n’ont droit à rien. Elles doivent porter les mêmes vêtements et n’ont certainement pas droit à des produits de beauté. Elle se débrouille donc comme elle peut pour prendre soin d’elle.


Il n’y a plus de lotion pour les mains ni de crème pour le visage, pas pour nous. Ces choses-là sont considérées comme des futilités. Nous sommes des récipients, c’est seulement l’intérieur de nos corps qui est important.


L’Épouse, Serena Joy, méprise Defred. Elle a besoin d’elle pour avoir un enfant mais le simple fait de dépendre de quelqu’un pour devenir mère l’horripile. Mais Defred, malgré elle, tisse des liens avec le Commandant.


C’etait une femme malveillante et vindicative, je le savais. Et pourtant, je ne pouvais m’en défaire, de ce petit scrupule à son égard. Et aussi, j’ai maintenant un pouvoir sur elle, d’un certain ordre, même si c’est à son insu. Et cela me faisait plaisir. Pourquoi feindre? Cela me faisait énormément plaisir.


Comment en est-elle arrivée là? Privée de son mari et de sa fille? Quand le monde à changé, ils ont essayé de prendre la fuite. Mais quelqu’un les a dénoncé…


Le pire, c’est l’instant de la trahison, la seconde où l’on sait sans l’ombre d’un doute que l’on a été trahi : qu’un être humain a pu vous vouloir tant de mal.


Arrivera-t-elle à tomber enceinte? Retrouvera-t-elle un jour sa famille? Et surtout, retrouvera-t-elle un jour la vie qu’elle menait avant? Les femmes auront-elles encore des droits un jour?


Cette lecture m’a fait penser à plusieurs périodes de l’Histoire. Elle m’a emmené au présent avec les combats des femmes encore actuels mais dans le passé aussi. Le livre a un goût de Guerre mondiale avec les camps et les dénonciations.

Un très beau livre que je vous recommande.

Citation

« Il n’y a pas dans le désert de panneau qui dise : Tu ne mangeras point de pierres. »
Proverbe soufi

L’auteure

Née en 1939 à Ottawa, au Canada, Margaret Atwood grandit dans le nord de l’Ontario, au Québec et à Toronto. Diplômée des universités de Toronto et de Harvard, elle enseigne la littérature au Canada. Son premier roman, La Femme comestible, est publié en 1969. L’auteur au regard visionnaire y aborde déjà ses thèmes de prédilection, dont l’aliénation de la femme et la société de surconsommation.

Auteur d’une quarantaine de livres – fiction, poésie, essais critiques ou livres pour enfants – elle connaît le succès international en 1985 avec La Servante écarlate qui est récompensé par le prix Arthur C. Clarke. A ce classique s’ajoutent d’autres romans incontournables dont Captive, Le Tueur aveugle, qui remporte le prestigieux Booker Prize, et la trilogie « MaddAddam » avec Le Dernier Homme, Le Temps du déluge et MaddAddam.

Aujourd’hui traduite dans cinquante langues, l’œuvre incarnée et engagée de Margaret Atwwod, lauréate de dix doctorats honoris causa et chevalier des Arts et des Lettres, en fait l’une des plus grandes romancières de notre temps.