Premières lignes #80

Premières lignes est un rendez-vous initié par Ma Lecturothèque. Le principe est simple, tous les dimanches je vais vous citer les premières lignes de mon roman actuel.

Aujourd’hui, je vais vous parler du livre Burn-out de Marie Guerrini.

Elle ne voulait pas revenir, elle ne voulait pas quitter le rêve chaud qui la
berçait, mais cette douleur, cette déchirure dans son ventre la rappelait sans
cesse. Elle ne comprenait pas, tentait de lui échapper pour retourner au chaud,
s’y réfugier. Mais la douleur revenait, la tirait à elle, la fouillait de ses griffes
acérées et un chagrin infini l’accompagnait avec un goût amer d’irrémédiable.
Elle tenta de la chasser de ses mains sur son ventre, les serra pour la conjurer.
Elle voulut voir ce qui mouillait sa robe, n’y parvint pas, essaya de voir ses
mains, tenta de lever la tête. Un poids l’en empêcha, une faiblesse infinie. Elle
s’étonna d’être allongée sur le sol de la cuisine dont elle devinait les contours et
les couleurs. Sa main, était-ce sa main ? Ce rouge ? Du sang ? Son sang ? Elle
voyait flou malgré ses efforts. Elle ferma les yeux, sa tête s’affaissa, cogna sur le
sol. Elle s’échappa, repartit, elle fuyait, se sentait tomber tomber sans fin. Mais
quand elle trouvait enfin le repos, les crocs d’acier de la douleur l’arrachait
encore à son refuge. Elle voulait vivre mais ne le pouvait pas, ne pouvait plus,
elle le savait. Elle ne savait pas pourquoi mais elle le savait. Sa vie la quittait,
coulait hors d’elle avec ce sang tiède et poisseux qui mouillait sa robe.
Désespérément. Inéluctablement. Que c’était-il passé ? Elle ne savait pas. Elle ne
s’en souvenait pas. Inutile de se souvenir, se souvenir ne servait à rien, ne
changeait rien. Elle savait qu’elle était là où plus rien n’a de sens. Elle sentit une
infinie envie de vivre l’inonder, une vague immense d’amour et de vie. Et aussi
du chagrin, de la colère. Des larmes coulaient, coulaient de ses yeux. Sans aucun
sanglot. Comme si sa vie coulait hors d’elle. Elle sombra, revint, sombra encore.
Elle ne sentait maintenant presque plus rien sauf un grand froid dans tout son
corps, son corps comme étranger, lointain, qui n’était déjà plus à elle, plus elle.
Une lumière, une silhouette. Un espoir ? Un danger ? Elle reconnut son mari
dans cette forme floue. Il lui vint une urgence de tout ce qu’elle aurait voulu lui
dire, le bonheur de tous les possibles qu’ils ne connaitraient pas, un immense
élan d’amour. Comme un chemin perdu. Comme un chemin interdit. Et la
certitude de sa solitude dans cet endroit où elle allait. Sans lui. Elle voulut tendre
la main vers lui mais son bras retomba lourdement. Que tenait-il comme un éclat
acéré, un éclat aigu comme sa douleur ? Elle voulut lui parler, des mots
tournaient dans sa tête qu’elle ne pouvait saisir, qui s’échappaient, lui
échappaient. Elle fit un dernier effort, s’entendit chuchoter « pourquoi ? ».

Mes chroniques Premières lignes

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