Premières lignes #64

Premières lignes est un rendez-vous initié par Ma Lecturothèque. Le principe est simple, tous les dimanches je vais vous citer les premières lignes de mon roman actuel.

Pour ce soixante-quatrième rendez-vous, je vais vous parler du livre L’Horloge brisée de Jean-Pierre Kobal.

Chapitre I

7 août 1979, sur une route de Yougoslavie, près de Virovitica

Josiane Plumet n’aime pas être réveillée en sursaut. Pour cette femme de 39 ans, un réveil en sursaut est l’équivalent d’un petit caillou qui s’immisce subrepticement dans la mécanique bien huilée de son existence.

Ce jour-là, c’est précisément un cauchemar qui la réveille. Elle a rêvé qu’une entité immatérielle la sermonnait sur un ton froid et implacable:
« Josiane Plumet, as-tu jamais établi un bilan de ta vie ? T’es-tu jamais demandé si ce que tu as accompli jusqu’à présent a eu un impact positif sur l’humanité ? Je dis bien, sur l’humanité, car toute action, même la plus insignifiante, a le pouvoir d’influencer son cours. Eh bien, moi, je l’ai fait pour toi, à ton insu si je puis m’exprimer ainsi. La bonne nouvelle est que ton bilan est positif. Tu as d’avantage contribué à la société que tu n’en as profité : tu as secondé et épaulé ton mari, élevé deux enfants, assumé les tâches ménagères sans jamais te plaindre. Cependant, dans les années futures, ce bilan risque de se dégrader. Quand tes enfants auront quitté le foyer, tu auras beaucoup plus de temps libre et seras tentée de rattraper les années perdues et de dépenser d’avantage d’argent pour tes besoins personnels. »

Offusquée par de tels propos, Josiane essayait de protester. Après toutes ces années consacrées aux membres de sa famille, ne mériterait-elle pas de se pencher davantage sur sa propre personne ? Aucun son ne sortait toutefois de sa bouche et l’entité de poursuivre sa diatribe :
« Josiane Plumet, tu es mise en garde : ne te laisse pas tenter par une vie facile et dépensière. Le prochain bilan aura lieu dans cinq ans. D’ici là, tu as tout loisir de réfléchir à ce que tu peux apporter d’utile à la société…»

Josiane aurait bien voulu rétorquer que selon les principes de Keynes, la consommation de biens entraînait le développement et la production de nouveaux biens, générant par voie de conséquence des emplois qu’occuperaient des individus tentées de consommer à leur tour. Cependant, une boule incandescente s’est immiscée dans son rêve, grossissant à vue d’œil jusqu’à obstruer son champ de vision.

Mes chroniques Premières lignes

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