Mes lectures·Récit dystopique

La servante écarlate – Margaret Atwood

Margaret Atwood – Editions Robert Laffon – 1987
Lu sous les Editions Robert Laffont – Collection Pavillons Poche

Note : 8,5/10

Quatrième de couverture

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, a qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler … En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Mon avis

Ce livre a été écrit il y a plus de 30 ans et pourtant il est d’une actualité frappante dans ce monde où l’on se bat encore pour l’égalité des femmes et à la période du #balancetonporc.

Imaginez que du jour au lendemain les femmes n’aient plus droit à rien. On leur supprime leur travail, leur compte en banque, leur liberté… Elles deviennent dépendantes de leur mari ou d’un membre de leur famille proche, à condition que ce soit un homme!

C’est ce qui est arrivé à Defred. Privée de son mari et de sa fille, elle devient une Servante au service d’un Commandant et de son Épouse. Le but des Servantes? Enfanter pour l’Épouse. Elles deviennent des utérus, ni plus ni moins.

Comment accepter cette situation? Je ne le comprend pas moi-même mais c’est ça ou les Colonies (qui me fait penser aux camps de concentration). Pour tenir le coup, Defred s’évade dans le passé.


Luke et moi nous promenions ensemble, parfois, le long de ces rues. Nous parlions d’acheter une maison semblable à l’une de celles-ci, une grande vieille maison, que l’on aménagerait. Nous aurions un jardin, des balançoires pour les enfants. Nous aurions des enfants. Tout en sachant qu’il était peu probable que nous en ayons un jour les moyens, c’était un sujet de conversation, notre jeu du dimanche. Pareille liberté paraît aujourd’hui presque aérienne.


Defred, comme toutes les Servantes, vit modestement. Elles n’ont droit à rien. Elles doivent porter les mêmes vêtements et n’ont certainement pas droit à des produits de beauté. Elle se débrouille donc comme elle peut pour prendre soin d’elle.


Il n’y a plus de lotion pour les mains ni de crème pour le visage, pas pour nous. Ces choses-là sont considérées comme des futilités. Nous sommes des récipients, c’est seulement l’intérieur de nos corps qui est important.


L’Épouse, Serena Joy, méprise Defred. Elle a besoin d’elle pour avoir un enfant mais le simple fait de dépendre de quelqu’un pour devenir mère l’horripile. Mais Defred, malgré elle, tisse des liens avec le Commandant.


C’etait une femme malveillante et vindicative, je le savais. Et pourtant, je ne pouvais m’en défaire, de ce petit scrupule à son égard. Et aussi, j’ai maintenant un pouvoir sur elle, d’un certain ordre, même si c’est à son insu. Et cela me faisait plaisir. Pourquoi feindre? Cela me faisait énormément plaisir.


Comment en est-elle arrivée là? Privée de son mari et de sa fille? Quand le monde à changé, ils ont essayé de prendre la fuite. Mais quelqu’un les a dénoncé…


Le pire, c’est l’instant de la trahison, la seconde où l’on sait sans l’ombre d’un doute que l’on a été trahi : qu’un être humain a pu vous vouloir tant de mal.


Arrivera-t-elle à tomber enceinte? Retrouvera-t-elle un jour sa famille? Et surtout, retrouvera-t-elle un jour la vie qu’elle menait avant? Les femmes auront-elles encore des droits un jour?


Cette lecture m’a fait penser à plusieurs périodes de l’Histoire. Elle m’a emmené au présent avec les combats des femmes encore actuels mais dans le passé aussi. Le livre a un goût de Guerre mondiale avec les camps et les dénonciations.

Un très beau livre que je vous recommande.

Citation

« Il n’y a pas dans le désert de panneau qui dise : Tu ne mangeras point de pierres. »
Proverbe soufi

L’auteure

Née en 1939 à Ottawa, au Canada, Margaret Atwood grandit dans le nord de l’Ontario, au Québec et à Toronto. Diplômée des universités de Toronto et de Harvard, elle enseigne la littérature au Canada. Son premier roman, La Femme comestible, est publié en 1969. L’auteur au regard visionnaire y aborde déjà ses thèmes de prédilection, dont l’aliénation de la femme et la société de surconsommation.

Auteur d’une quarantaine de livres – fiction, poésie, essais critiques ou livres pour enfants – elle connaît le succès international en 1985 avec La Servante écarlate qui est récompensé par le prix Arthur C. Clarke. A ce classique s’ajoutent d’autres romans incontournables dont Captive, Le Tueur aveugle, qui remporte le prestigieux Booker Prize, et la trilogie « MaddAddam » avec Le Dernier Homme, Le Temps du déluge et MaddAddam.

Aujourd’hui traduite dans cinquante langues, l’œuvre incarnée et engagée de Margaret Atwwod, lauréate de dix doctorats honoris causa et chevalier des Arts et des Lettres, en fait l’une des plus grandes romancières de notre temps.

6 commentaires sur “La servante écarlate – Margaret Atwood

  1. J’avoue avoir été assez perturbée par ce roman… en fait la situation décrite ne semble pas si aberrante. A de nombreuses reprises j’avais le sentiment qu’il suffirait de pas grand-chose pour en arriver à une situation similaire. L’utérus des femmes a toujours été un enjeu politique et religieux et j’ai souvent l’impression qu’il suffirait d’une crise pour justifier la fin de nos droits reproductifs

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